La maladie d’Alzheimer et les démences apparentées concernent en Israël près de 150 000 personnes, chiffre qui doublera d’ici 2040 sous l’effet du vieillissement démographique. Pour les francophones — particulièrement ceux qui font leur Aliyah à un âge avancé, ou ceux dont les parents âgés vivent en Israël —, le sujet n’a rien de théorique. Voici un guide des principales associations et ressources spécifiques au pays, avec une attention particulière aux questions de prise en charge, d’accompagnement à domicile et de protection juridique.
Vieillir en Israël : un cadre globalement favorable
Avant d’aborder les associations spécialisées, posons le décor. Israël offre un cadre relativement favorable à ses seniors : allocation vieillesse universelle du Bituah Leumi, accès intégral aux soins via les caisses maladie (qui couvrent même certains soins gérontologiques spécialisés), réseau dense de centres de jour pour personnes âgées (« Mercazei Yom »), aide à domicile financée par le Bituah Leumi (« Khok Sieoud ») pour les personnes en perte d’autonomie. Ce socle public s’incarne grâce à un tissu associatif spécialisé.
Pour les Olim Hadashim arrivant en Israël après 60 ans — situation de plus en plus fréquente dans les communautés francophones —, l’inscription au Bituah Leumi se fait dès l’arrivée et ouvre immédiatement les droits standard. Les conditions d’éligibilité aux dispositifs de prise en charge de la dépendance sont identiques à celles des Israéliens nés dans le pays.
EMDA — Alzheimer et maladies apparentées
EMDA (« Alzheimer Israel ») est l’organisation de référence en Israël pour la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées (démence à corps de Lewy, démence frontotemporale, démence vasculaire, démences mixtes). Fondée en 1988, elle constitue le premier point de contact pour les familles confrontées à un diagnostic récent.
Ses services sont vastes et particulièrement utiles. Une ligne d’écoute tenue par des travailleurs sociaux formés répond aux questions des familles et des aidants. Des groupes de soutien sont organisés dans toutes les régions du pays pour les conjoints, les enfants adultes et les patients eux-mêmes (à un stade précoce). EMDA finance aussi des formations pour les aidants familiaux (« Mafal Tomekh ») — apprentissage des gestes de communication, gestion des troubles du comportement, prévention de l’épuisement.
L’association joue un rôle majeur de plaidoyer politique : c’est largement à son action que l’on doit l’inclusion progressive de nouveaux médicaments dans le panier de soins, l’amélioration des dispositifs de répit pour les aidants, et la sensibilisation grand public à la maladie. Pour les francophones, EMDA dispose de bénévoles parlant français dans plusieurs antennes, notamment à Netanya, Jérusalem, Ashdod et Raanana.
Diagnostic et prise en charge médicale
Le diagnostic des démences en Israël se fait généralement via une « Mirpaa Lezikaron » (clinique mémoire), structures spécialisées intégrées aux principaux hôpitaux : Hadassah, Sheba, Ichilov, Rambam, Soroka, ainsi que dans les centres gériatriques régionaux. La consultation initiale comprend bilan cognitif standardisé (MMSE, MoCA), bilan biologique, imagerie cérébrale (IRM ou scanner), et parfois examens complémentaires (PET-scan, ponction lombaire selon orientation diagnostique).
Les médicaments anticholinestérasiques (donepezil, rivastigmine) et la mémantine sont remboursés par les caisses maladie pour les indications validées. Les nouveaux traitements anti-amyloïdes (lécanemab, donanemab) ont fait leur apparition récemment ; leur intégration au panier de soins israélien est en cours, EMDA militant activement pour leur prise en charge. Tous les centres-mémoire israéliens sont par ailleurs actifs dans la recherche clinique, avec des essais réguliers ouverts aux patients motivés.
Aide à domicile : le dispositif « Khok Sieoud »
Le dispositif central de soutien aux personnes âgées dépendantes en Israël s’appelle « Khok Sieoud » (loi sur les soins de longue durée). Géré par le Bituah Leumi, il finance plusieurs heures hebdomadaires d’aide à domicile (toilette, repas, accompagnement social), modulables selon le degré de dépendance évalué par une commission. La perte d’autonomie liée aux démences ouvre généralement l’accès à ce dispositif.
L’aide est concrètement délivrée par des sociétés de services (« Hevrot Sieoud ») agréées par le Bituah Leumi, parmi lesquelles : Matav, Danel, Ezrat Avot, Misgav Ladach, et plusieurs autres. Le bénéficiaire choisit la société, et peut souvent demander une aidante parlant français — ce qui change considérablement la qualité de la relation au quotidien. EMDA peut conseiller dans le choix de la structure et de l’aidante.
Hébergement spécialisé
Lorsque le maintien à domicile devient difficile, plusieurs options existent en Israël. Les Diur Mugan (résidences sécurisées avec services) accueillent les personnes encore relativement autonomes mais nécessitant un cadre adapté. Les Beit Avot (maisons de retraite médicalisées) prennent en charge les personnes plus dépendantes. Les Mahleket Sieoudi spécifiquement gériatriques disposent souvent d’unités fermées dédiées aux patients atteints de démences sévères avec troubles du comportement.
Le coût de ces structures est élevé (10 000 à 25 000 shekels mensuels pour une bonne maison de retraite médicalisée), mais le Bituah Leumi prend en charge une partie selon les ressources et le degré de dépendance (« Hashtatfut Bituah Leumi »). Pour les francophones, plusieurs résidences se sont spécialisées : Reuth Tel Aviv, certaines unités de Bayit Ham à Jérusalem, plusieurs structures à Netanya. EMDA peut orienter vers les établissements adaptés selon votre région.
Protection juridique : tutelles et directives anticipées
Question souvent négligée mais cruciale : la protection juridique de la personne dont les capacités cognitives déclinent. Israël dispose de plusieurs dispositifs. La Yipui Koach Mathmid (mandat de protection future) permet à une personne encore lucide de désigner à l’avance qui prendra les décisions médicales et financières si elle perd ses capacités. C’est une démarche fortement recommandée dès le diagnostic, voire avant.
En l’absence de tel mandat, la Apotropsut (tutelle judiciaire) peut être mise en place via le tribunal des affaires familiales. Procédure plus longue et plus contraignante, mais nécessaire dans certaines situations. Les directives anticipées de fin de vie (« Tzava’a Refuit ») permettent par ailleurs de préciser ses choix concernant les soins en phase terminale. EMDA et plusieurs cabinets d’avocats spécialisés (souvent bilingues hébreu-français) accompagnent ces démarches.
Soutenir les aidants
L’accompagnement d’un proche atteint de démence est une charge émotionnelle et physique considérable. EMDA et les autres acteurs du secteur insistent à juste titre sur la prévention de l’épuisement de l’aidant (« Sichron Mitochan »). Plusieurs dispositifs existent : centres de jour (« Mercazei Yom ») où la personne âgée passe la journée pendant que l’aidant souffle, séjours de répit (« Hafsaka Mishpakhtit ») permettant à l’aidant de partir quelques jours, accompagnement psychologique gratuit pour les aidants.
Pour les francophones, plusieurs ressources complémentaires sont précieuses : les groupes de parole organisés par les associations communautaires (Qualita, Hineni), la ligne d’écoute Ruach Dromit (psychologique francophone), les permanences sociales des consulats français. Ne restez jamais seul face à la situation — l’isolement de l’aidant est l’un des principaux facteurs de décompensation.
Questions fréquentes
Mon parent vient de faire son Aliyah à 75 ans, a-t-il droit aux mêmes dispositifs ?
Oui, intégralement. Dès l’inscription au Bituah Leumi (qui se fait dès l’arrivée dans le cadre de l’Aliyah), votre parent bénéficie de l’allocation vieillesse, de l’accès aux soins via la caisse maladie, et de tous les dispositifs de prise en charge de la dépendance, sans condition de durée de résidence préalable. C’est une particularité israélienne très favorable aux Olim seniors.
Comment obtenir les heures d’aide à domicile « Khok Sieoud » ?
La demande se fait au Bituah Leumi via formulaire spécifique, accompagné d’un certificat médical détaillé du médecin traitant ou du gériatre. Une infirmière mandatée par le Bituah Leumi se rend ensuite au domicile pour évaluer la perte d’autonomie (échelle ADL/IADL, comportement). Le nombre d’heures hebdomadaires accordées dépend du niveau de dépendance constaté. Procédure totalement gratuite, accompagnable par EMDA ou Qualita.
Existe-t-il des maisons de retraite francophones ?
Plusieurs établissements ont une forte présence francophone du fait de leur clientèle (Netanya, Ashdod, Jérusalem, Raanana). Aucun n’est exclusivement francophone, mais la communication en français est souvent possible. Pour les structures les plus haut de gamme (Beit Tovei Ha’Ir à Jérusalem, Reuth à Tel Aviv, plusieurs à Netanya), des animations en français sont régulièrement organisées. EMDA peut conseiller selon votre région.
Quelle est la différence entre Yipui Koach et Apotropsut ?
Le Yipui Koach Mathmid (mandat de protection future) est une démarche volontaire faite par la personne encore lucide, qui désigne à l’avance qui décidera pour elle. L’Apotropsut (tutelle) est une mesure judiciaire imposée par le tribunal lorsque la personne n’est plus capable de décider et n’a pas anticipé. Le premier est nettement préférable : moins coûteux, plus respectueux de la volonté de la personne, plus rapide à activer. À mettre en place dès le diagnostic, voire avant.
Les nouveaux traitements anti-amyloïdes sont-ils disponibles ?
Les premiers traitements anti-amyloïdes (lécanemab, donanemab) ont reçu leur autorisation de mise sur le marché aux États-Unis et en Europe. En Israël, leur intégration au panier de soins est en cours d’évaluation. Plusieurs centres israéliens participent aux essais cliniques en cours et offrent un accès précoce à ces molécules pour les patients éligibles (Alzheimer prouvé biologiquement, stade léger à modéré). Renseignez-vous auprès du centre-mémoire qui suit votre proche, et auprès d’EMDA.
Comment éviter l’épuisement quand j’aide mon parent au quotidien ?
Trois principes : ne jamais être seul (sollicitez la fratrie, les associations, les groupes de soutien), accepter les dispositifs de répit même si vous vous sentez « capable » de tout gérer (centre de jour, séjour de répit), prendre soin de votre propre santé physique et psychologique. Le suivi régulier par votre médecin traitant et un soutien psychologique (Ruach Dromit en français, ou un psychologue de votre caisse maladie) sont des investissements essentiels pour tenir dans la durée.
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Avertissement médical : Cet article a une vocation informative et ne saurait remplacer un avis médical ou juridique personnalisé. La maladie d’Alzheimer nécessite un suivi médical spécialisé. Pour les démarches juridiques (mandat de protection, tutelle), consultez un avocat spécialisé en droit israélien des personnes vulnérables.